Ces dernières semaines, Ceuta a de nouveau fait la une. Des dizaines de milliers de personnes ont tenté d’entrer dans l’enclave espagnole depuis le Maroc, dans un mouvement soudain qui a provoqué des dizaines de morts, une saturation des dispositifs d’accueil et de fortes tensions politiques.
Très vite, le débat public s’est refermé sur une question familière : l’Europe peut-elle contrôler ses frontières ?
Mais cette grille de lecture est politiquement biaisée. Ceuta raconte à la fois une histoire de migrations, de rapports de force entre États y compris européens entre eux, de jeunesse sans perspectives et de dépendance européenne envers ses voisins.
Elle rappelle surtout une évidence : les migrations ont toujours existé. La vraie question n’est pas de savoir comment les faire disparaître, mais dans quelles conditions voulons-nous qu’elles aient lieu.
À la fin du mois de juillet 2026, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre Ceuta depuis le Maroc, notamment par la mer et autour de la frontière d’El Tarajal.
Des appels à rejoindre la frontière et des rumeurs affirmant qu’elle serait plus facile à franchir ont circulé sur les réseaux sociaux. En quelques heures, des milliers de personnes se sont déplacées.
Les conséquences ont été dramatiques : plusieurs dizaines de morts ont été officiellement recensés et de nombreuses personnes portées disparues.
Ceuta, ville espagnole d’environ 85 000 habitants située sur la côte nord-africaine, s’est retrouvée confrontée à une situation d’urgence humanitaire. Dans les jours suivants, l’Espagne et le Maroc ont renforcé les contrôles.
En réalité, plusieurs phénomènes semblent s’être superposés.
Une chose est certaine : le désir de partir était plus fort que les barrières administratives, policières et technologiques.
Présenter Ceuta uniquement comme une crise migratoire revient à regarder les personnes qui franchissent la frontière sans regarder la frontière elle-même.
Or cette frontière est aussi un instrument diplomatique.
L’Espagne dépend largement de la coopération du Maroc pour contrôler les départs vers Ceuta, Melilla et les côtes espagnoles. Une partie du contrôle de la frontière européenne repose donc sur des décisions prises à Rabat.
Cela donne au Maroc un levier politique et révèle une faiblesse du modèle européen : plus l’Europe externalise le contrôle de ses frontières, plus elle dépend d’États tiers pour mettre en œuvre sa propre politique migratoire.
En mai 2021, près de 10 000 personnes étaient entrées à Ceuta après un relâchement des contrôles marocains, dans un contexte de forte tension entre Madrid et Rabat autour du Sahara occidental.
Le Parlement européen avait alors dénoncé l’utilisation du contrôle migratoire comme moyen de pression politique sur l’Espagne.
Cinq ans plus tard, la question se pose donc à nouveau : quelque chose de similaire s’est-il produit en juillet 2026 ?
Même dans un scénario où un État relâcherait volontairement ses contrôles, les personnes qui traversent la frontière ont leurs propres raisons de partir : travailler, étudier, rejoindre leur famille, chercher une protection ou simplement trouver des perspectives ailleurs.
Un État peut éventuellement exploiter une volonté de mobilité qui existe déjà. Il ne la crée pas de toutes pièces.
C’est essentiel, car parler d’« instrumentalisation » ne doit jamais conduire à traiter les personnes elles-mêmes comme des instruments.
Une autre explication a rapidement circulé : la récente régularisation espagnole aurait encouragé les arrivées.
Or cette mesure ne concernait que les personnes déjà présentes en Espagne avant une date précise. Les personnes arrivées à Ceuta fin juillet ne pouvaient pas en bénéficier.
Cela ne signifie pas que les politiques migratoires n’influencent jamais les décisions de départ. Mais cette explication ne suffit pas à comprendre Ceuta.
Surtout, elle repose souvent sur une idée discutable : plus une frontière est difficile à franchir, moins les personnes partiront.
Dans les faits, fermer une voie migratoire légale déplace surtout les routes, renforce la clandestinité et accroît les risques.
Trois choses :
Chez SINGA, nous partons d’une conviction simple : la mobilité humaine est une réalité à organiser / urgence à l’organiser pour éviter ces drames humains.
Les personnes ont toujours bougé et continueront de le faire (d’autant plus dans le contexte politique et climatique actuel) : pour se protéger, travailler, étudier, entreprendre, rejoindre leur famille ou construire une vie ailleurs.
Plutôt que la surenchère dans la xénophobie et la déshumanisation de personnes migrantes, la réponse de l’Union européenne et des Etats qui la constituent, doit se concentrer sur l’accès aux droits, l’accueil et l’inclusion.
Chaque tour de vis supplémentaire donné par les européens pour fermer leurs frontières échoue à stopper les migrations mais réussit à tuer de plus en plus de personnes migrantes. C’est un bilan indigne pour un continent qui se revendique comme la terre du droit.